Demain, 17 mai, c’est la Journée de lutte contre l’Homophobie.
Je sais que la semaine dernière je vous avais déjà proposé une commémoration. Mais il y a des choses importantes dont il faut parler.
A cette occasion, je mets la poésie homosexuelle à l’honneur sur mon blog aujourd’hui.
A cette occasion, j’ai également eu d’énormes surprises en recherchant des vers homosexuels sur Internet …
Ainsi j’ai découvert une poésie homosexuelle arabo-andalouse du IXème siècle. Notamment celle d’Abu Nawas :
J’ai quitté les filles pour les garçons
et pour le vin vieux, j’ai laissé l’eau claire.
Loin du droit chemin, j’ai pris sans façon
celui du péché, car je le préfère.
J’ai coupé les rênes et sans remords
j’ai enlevé la bride avec le mors.
Je meurs d’amour pour lui, en tout point accompli
et qui se perd en entendant de la musique.
Mes yeux ne quittent pas son aimable physique,
sans que je m’émerveille à le voir si joli.
Sa taille est un roseau, sa face est une lune
et de sa joue en feu ruisselle la beauté.
Je meurs d’amour pour toi, mais garde mon secret :
Le lien qui nous unit est une corde sûre.
Que de temps il fallut, pour te créer, aux anges !
Tant pis pour les envieux : je chante ta louange.
Ce que les pantalons ont caché se révèle.
Tout est visible.
Rince toi l’oeil à loisir.
Tu vois une croupe, un dos mince et svelte
Et rien ne pourrait gâcher ton plaisir.
On se chuchote des formules pieuses…
Dieu que le bain est chose délicieuse !
Même quand, venant avec leurs serviettes,
Les garçons de bain ont troublé la fête.
Ces poèmes sont extraits du recueil « Le vin, le vent, la vie », traduction de Vincent Mansour-Monteil, aux Editions Sindbad Acte Sud.
Il est évidemment de notoriété publique que Paul Verlaine était homosexuel. Mais je ne savais pas qu’il avait osé à l’époque publier, sous le manteau cependant, un recueil plus qu’explicite et sulfureux, « Hombres » (« Hommes » en espagnol). Ce recueil a été publié en 1891 et présente des textes érotiques très crus, mêlant poésie, argot et sexe. Si vous avez le cœur bien accroché, vous pouvez aller en lire l’intégralité ici, mais je déconseille vivement aux âmes sensibles de s’y rendre !
Chanson
Ta voix est un savant poème…
Charme fragile de l’esprit,
Espoir de l’âme, je t’aime
Comme une douceur qu’on chérit.
Dans ta grâce longue et blêmie,
Tu reviens du fond de jadis…
O ma blanche et lointaine amie,
Je t’adore comme les lys !
On dit qu’un souvenir s’émousse,
Mais comment oublier jamais
Que ta voix se faisait très douce
Pour me dire que tu m’aimais ?
Chanson
De ta robe à longs plis flottants
Ruissellent toutes les chimères,
Et tu m’apportes le printemps
Dans tes mains blondes et légères.
J’ai peur de ce frisson nacré
De tes frêles seins, je ne touche
Qu’en tremblant à ton corps sacré,
J’ai peur du charme de ta bouche.
Je me sens grandir jusqu’aux Dieux
Quand, sous mon orgueilleuse étreinte,
Le doux bleu meurtri de tes yeux
S’évanouit, fraîcheur éteinte.
Mais quand, si blanche entre mes bras,
A mon cri d’amour qui se pâme
Tu souris et ne réponds pas,
Tes yeux fermés me glacent l’âme…
J’ai peur — c’est le remords spectral
Que l’extase ne saurait taire —
De t’avoir peut-être fait mal
D’une caresse involontaire.
http://www.comlive.net/Poesie-Homosexuelle,20249,38.htm
http://gayculture.canalblog.com/archives/poesie_lesbienne/index.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Homosexualit%C3%A9_dans_la_litt%C3%A9rature
Edit au 17 mai : Il faut absolument que vous alliez lire le témoignage touchant en forme de pamphlet de Djou !
6 Commentaires to “Poésie homosexuelle”
Jainas
Ho, merci pour cette plongée du côté poétique de la chose. Les poèmes que tu as choisi sont très sympas, je suis curieuse d’en voir d’autres *s’en va cliquer.*
Mariposa
Bienvenue ici Jainas ! Je suis contente que ce post t’ait plu ! Eh oui, il y a différentes façons de parler de l’homosexualité et de lutter contre l’homophobie.
Claire-Lise
Parler de poésie homosexuelle est une initiative courageuse. On connaît en général les écrivains homosexuels mais beaucoup moins les poètes.
J’aime énormément les mots de Renée Vivien, si aériens, subtils, qui expriment le sentiment amoureux avant tout. On parle peu d’elle, tu as raison, Mariposa, alors que c’est une grande dame de la poésie.
Merci aussi de m’avoir fait découvrir le témoignage de Djou qui est si cruellement vrai. L’homosexualité a encore bien des combats à gagner.
Mariposa
J’étais certaine que tu apprécierais les vers de Renée Vivien Claire-Lise. Comme toi, je préfère ses vers à elle ou ceux d’Abu Nawas, qui expriment avant tout le sentiment car c’est, à mon sens,ce qui est primordial dans toute relation amoureuse, qu’elle soit hétérosexuelle ou homosexuelle. J’ai un peu de mal à apprécier vraiment ceux de Verlaine dont je parle ici et qui sont plus que crus. C’est pour cela que je ne les ai pas directement reproduits sur ma page. Mais ils ont eu le mérite d’exister à une époque où cela représentait un risque énorme de les publier, même sous le manteau. Alors je me devais d’en parler !
Si tu as apprécié le témoignage de Djou, elle va publier une BD au printemps 2010, “Le bleu est une couleur chaude” qui traite justement de l’homosexualité.
Claire-Lise
Verlaine a eu le mérite effectivement de parler de son homosexualité à une époque où il était risqué d’en parler.
Aujourd’hui on ne peut pas dire que la situation ait évolué partout; dans de
de nombreux pays encore, l’homosexualité est punie de la peine de mort. C’est dramatique.
Ailleurs, même si la tolérance semble exister,il reste encore difficile d’avouer son homosexualité à sa famille, à ses amis, à ses collègues de travail. Faire partie d’une minorité quelle qu’elle soit est un problème car la différence dérange.
Mariposa
C’est exactement ça, Claire-Lise. La pression sociale et familiale est extrêmement pesante dès qu’on sort du cadre de ce qu’on appelle “norme” et qui n’a absolument aucun sens pour moi !