La Petite Femme
Maya Mihindou
Les Grands Arbres, juin 2008
La première fois que j’ai vu un dessin de Maya Mihindou, ce fut à l’occasion de la publication du numéro six du magazine « Esprit Métis » pour lequel elle nous a fait l’amitié de dessiner la couverture.
J’avoue, je n’avais pas du tout aimé le style de cette illustration : personnages démesurés, déformés, anamorphosés, semblant torturés.
Puis, Maya a réalisé une autre illustration pour une autre parution du magazine. Et cette image-là m’a interpellée. J’ai alors commencé à visiter de temps en temps le blog de Maya. Peu à peu, j’ai appris à comprendre et à apprécier son travail, au point d’en être devenue une grande fan aujourd’hui !
En fait, les dessins de Maya ne se regardent pas, ils se ressentent. Loin de tout style académique, ce sont des poèmes. Sauf qu’ils n’utilisent pas de mots. Ils peuvent être dérangeants, mais ils ne laissent pas indifférents et la plupart du temps, ils sont fascinants et laissent sur votre âme la profondeur d’une persistance rétinienne …
Il y a un an, Maya a mis au monde une magnifique petite Thaë. Pendant sa grossesse, elle a eu envie de dessiner et d’écrire cette aventure « mammifère » de la maternité. Ainsi est né le petit livre artisanal auto-édité que je vous présente aujourd’hui, « La Petite Femme ».
Il se présente sous la forme d’un petit carnet carré d’une centaine de pages, et dès qu’on l’ouvre on part pour un voyage dont on ressort transformé. Déluge de couleurs, de cœur, de ventre et d’âme. Les dessins de Maya chatouillent le fond des tripes, oui, mais ses mots aussi.
« La Petite Femme » raconte la mort qui fait perdre ses repères alors que la vie s’apprête à poindre ; la quête de sa place dans le monde et la rencontre de l’Amour ; le lien ombilical qui se transmet de la mère partie à la fille, elle-même mère en devenir. « La Petite Femme » est un petit recueil existentiel où Maya a déchiré une forte partie d’elle-même.
Elle y a aussi invité d’autres artistes, des illustrateurs qui ont offert leur propre interprétation graphique du personnage de « La Petite Femme » et Franz-Olivier Seewald, dit Abalem, dont les jolis poèmes « Les Yeux de mer » et « Le miroir » se mêlent aux vers de Maya sur certaines pages.
Morceaux choisis :
Le passé est une couverture chaude
Mais laisse le cœur bien vide
Les racines poussent-elles par les orteils ?
Par quels bras sera-t-elle portée ?
Par quelles lianes sera-t-elle tirée ?
L’effroi toujours
Secoue le cœur à toute allure
Comment avancer sans le regard de son créateur ?
De cette impulsion d’évidence
De ce rejet d’inexistence
A l’ombre de l’enfance
Naît la petite femme
(Page 6)
Nous sommes là d’où nous venons
Au cœur de l’arbre où je commence.
L’arbre qui a vu tant de naissances,
L’arbre est un enfantement perpétuel.
(Page 41)
Dans le ventre de la petite femme il y a des vagues …
Elle y pose ses mains :
C’est comme porter une poignée de sable fin
Elle voudrait ne pas en perdre un seul grain
Mais dans ses mains le sable se dérobe
La petite femme a le cœur dense
Il change aux couleurs des soirs
La ville a des airs étranges …
Son grand regard s’évapore
Aux yeux de ceux qui ne savent pas
Que dans son corps le cœur change
(Page 95)
Et la cerise sur le gâteau, c’est que lorsqu’on commande un exemplaire de cet envoûtant ouvrage à Maya, on a droit à une couverture personnalisée avec un dessin original ! Voici la merveille à laquelle j’ai eu droit et que j’encadrerais presque si je ne souhaitais pas relire à souhait ce long poème :
J’ai été très touchée par cette attention de Maya et j’ai voulu, à mon tour, malgré mes piètres talents en dessin, lui faire une petite surprise sous forme de fanart. Je l’ai intitulé « Le ventre de Maya » :
En fait, ce petit dessin est un hommage à une photo publiée par Maya il y a quelque temps et au texte qui l’accompagnait.
Comme indiqué plus haut, « La Petite Femme » est une auto-édition (Les Grands Arbres). Mon exemplaire est le 48ème sur 50 de la troisième impression de juin 2009. Je pense que cette impression est désormais épuisée, mais si vous êtes assez nombreux à lui écrire pour en demander, je pense que Maya fera peut-être une nouvelle impression. L’exemplaire est vendu à 30 Euros.
Sinon, Maya prépare actuellement un ouvrage, « Sabine » qui sera publié en 2010 par le label VenusDea.



2 Commentaires to “J’ai lu et j’ai été enchantée - Numéro Dix”
Maya
chère Mariposa,
ton article me touche beaucoup…
c’est très étrange de lire des interprétations de ce livre, et peut être en effet que ayant eu les clés de compréhension de l’ouvrage (à savoir que c’est un livre sur le deuil d’un lien maternel, avant d’être un livre sur la grossesse) tu as pu y voir ce que j’y avais mis de plus sincère, même si aujourd’hui cela me paraît parfois maladroit..
Tes remarques étaient très justes: je devrais indiquer la démarche de ce livre! mais à l’époque ou je l’ai dessiné, imprimé, enceinte et l’esprit ailleurs, je n’étais que dans le besoin de “déposer”, comme une obstinée, sans penser à des lecteurs, sans réel idée de “partage” peut être (outre ma famille, mes amis); c ‘est avec le recul seulement que je regarde avec un oeil bizarre ce livre de grossesse, et qu’il me faudrait apprendre à nommer ce qui était encore innommable pour moi à l’époque…
Ton dessin est fin et sensible au niveau de la ligne, tu as de multiples talents! et tu m’as fait plus douce que je n’en ai l’air sur cette image, alors c’est encore mieux
Je suis heureuse si le papillon t’a plu…il y a un peu de tipex, mais ca fait parti du jeu de rater et de reprendre !
plein de bises à toi, je reviendrai m’accrocher aux lianes de tes mots
et je laisse ici un peu de ceux de Mahmoud Darwich dont je suis en train de me délecter de l’anthologie poétique…
“Lorsque mes paroles devinrent
miel
les mouches couvrirent
mes lèvres!”
Mariposa
Merci pour ton passage et tes mots Maya.
Ce n’est jamais évident de parler de soi, en particulier sur des sujets aussi intimes que le deuil et la grossesse. Mais même si au départ ce petit carnet n’était pas destiné à être public, tu as réussi à le faire avec délicatesse et pudeur, tout en faisant transpirer le fond de tes tripes, j’appelle ça du talent tout simplement.
Je suis heureuse que mon petit fanart ait rencontré ton coeur, après tout il est d’abord et avant tout pour toi !
Et merci infiniment pour les doux vers de Darwich dont j’ai rencontré la poésie il y a à peine quelque mois, mais avec quels délices !